Une semaine après la sortie de la version 1.0, il était temps de dépasser les communiqués et de mettre les mains dans le cambouis. Nous avons utilisé Euro-Office au quotidien pendant plusieurs jours, dans sa version web intégrée à Nextcloud. Voici, sans complaisance, ce que nous en retenons.
La collaboration en temps réel : la bonne surprise
C'est sans doute le point le plus convaincant. L'édition collaborative fonctionne bien : plusieurs personnes peuvent travailler simultanément sur un document, voir les curseurs des autres, commenter, et discuter via la messagerie intégrée. L'expérience se rapproche réellement de ce que proposent les suites américaines, avec la satisfaction supplémentaire de savoir où les données sont hébergées.
L'historique des versions et le suivi des modifications sont au rendez-vous, et la prise en main est immédiate pour quiconque a déjà utilisé Word, Excel ou leurs équivalents en ligne. L'interface, sobre, ne dépayse pas.
La compatibilité Microsoft : solide
Deuxième bonne nouvelle : l'ouverture des fichiers Microsoft (DOCX, XLSX, PPTX) se passe bien dans la plupart des cas. Les documents courants — courriers, tableaux, présentations — s'affichent fidèlement, sans la mise en page chamboulée que l'on redoute parfois avec les alternatives. Pour une organisation qui reçoit quotidiennement des pièces jointes Office, c'est un argument de poids.
C'est précisément ce choix de privilégier les formats Microsoft qui a valu au projet la lettre ouverte de LibreOffice. Sur le plan de l'usage immédiat, toutefois, il facilite incontestablement la transition.
Les freins : un démarrage encore poussif
Tout n'est pas idéal, et il serait malhonnête de le cacher. Plusieurs limites tempèrent l'enthousiasme :
- Des applications encore en chantier. Les versions de bureau et mobiles sont annoncées mais pas toutes disponibles ou abouties. Pour l'instant, l'expérience la plus complète passe par le navigateur.
- Des intégrations qui se déploient progressivement. Les ponts avec Proton, XWiki, OpenProject ou Office.eu sont prévus, mais tous ne sont pas encore en place.
- Un projet jeune. Sur des documents complexes (mises en page très travaillées, macros, fonctions de tableur avancées), on rencontre encore des limites et quelques imperfections. C'est attendu pour une version 1.0, mais cela doit être pris en compte avant tout déploiement à grande échelle.
- La question du format par défaut, qui pourrait nécessiter une configuration côté administrateur selon la politique documentaire de l'organisation.
Pour qui, dès aujourd'hui ?
Notre verdict est nuancé mais encourageant. Euro-Office 1.0 n'est pas un produit fini destiné à remplacer du jour au lendemain une suite installée chez des milliers d'agents. C'est en revanche une base très prometteuse, déjà exploitable :
- pour les organisations déjà sous Nextcloud, qui peuvent l'essayer sans friction ;
- pour les structures souhaitant réduire leur dépendance aux outils américains et prêtes à accompagner une montée en charge progressive ;
- pour les early adopters et les services informatiques qui veulent évaluer la trajectoire du projet.
Pour les autres, la bonne stratégie consiste sans doute à observer et expérimenter : tester sur un périmètre limité, former quelques utilisateurs, et suivre les prochaines versions. C'est exactement l'objet de notre espace formation.
En résumé
Euro-Office démarre, selon la formule, « avec un frein à main » — mais la mécanique est saine et la direction, claire. Pour un projet d'à peine quelques mois, porté par une coalition européenne, c'est déjà beaucoup. Nous continuerons à le tester au fil des versions et à vous en rendre compte ici, à raison d'un article par actualité marquante.