Un « Impulspapier » pour bâtir le stack numérique de l'Allemagne
Le Land du Schleswig-Holstein, fer de lance de la souveraineté numérique en Allemagne, vient de franchir un nouveau cap. L'État du nord de l'Allemagne a publié un « Impulspapier » — document d'impulsion — qui pose les principes directeurs du « Deutschland-Stack » : l'infrastructure numérique souveraine, interopérable et compatible avec les normes européennes, mentionnée dans l'accord de coalition fédéral allemand.
La publication met en avant l'ouverture, l'interopérabilité et la coopération européenne comme fondements indispensables d'une infrastructure numérique au service de l'intérêt général, de l'industrie informatique nationale et de la souveraineté technologique du continent.
Ce document ne part pas de nulle part. Le Schleswig-Holstein s'est imposé depuis plusieurs années comme l'exemple de référence en matière de reprise de contrôle sur l'infrastructure numérique et d'adoption de l'open source par une administration régionale. La relation avec Nextcloud — et donc avec l'écosystème Euro-Office — y est structurelle.
Du concept politique à l'infrastructure concrète
L'idée d'un « stack souverain » a d'abord émergé au niveau européen : l'EuroStack a été introduit en septembre 2024 lors d'une conférence du Parlement européen sur l'indépendance numérique. Sa vision la plus ambitieuse est un stack technologique entièrement souverain pour l'Europe, couvrant des domaines allant des matières premières et de la fabrication de puces jusqu'aux plateformes cloud, aux logiciels et aux services d'IA. L'objectif : réduire la dépendance vis-à-vis des fournisseurs non européens et maintenir un contrôle de long terme sur les technologies stratégiques.
Jusqu'à présent, le Deutschland-Stack relevait davantage de l'aspiration politique que d'un plan concret. L'Impulspapier du Schleswig-Holstein offre une vision crédible et collaborative susceptible d'orienter la mise en œuvre nationale.
Dans ce contexte, Nextcloud est cité comme une brique centrale. La demande croissante en provenance du secteur public européen — où de nombreuses organisations ont décidé de migrer vers des solutions souveraines — exige que Nextcloud et son écosystème de partenaires livrent. Le Land du Schleswig-Holstein figure parmi les références clés aux côtés du Land du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et du ministère autrichien des Affaires économiques.
Euro-Office dans le sillage du Deutschland-Stack
Pour l'écosystème Euro-Office, ce document d'orientation n'est pas anodin. Si le Deutschland-Stack venait à s'incarner dans des choix d'infrastructure au niveau fédéral, les suites bureautiques intégrées à Nextcloud — dont Euro-Office — seraient directement concernées. Les sessions approfondies de la conférence Nextcloud ont clairement mis en évidence que l'open source seul ne suffit pas à garantir la souveraineté, soulignant la nécessité d'une approche systémique.
Sur le plan concret, le Land de Schleswig-Holstein étend son approche actuelle des services basés sur l'IA au sein de Nextcloud Hub, en travaillant à la création d'un modèle de langage génératif adapté aux spécificités des textes administratifs. À cet effet, le Land mettra à disposition des données d'entraînement anonymisées. Le modèle sera publié en open source.
La mise en perspective est saisissante : un Land publie un document d'orientation nationale pour un stack technologique souverain, s'appuie sur Nextcloud comme colonne vertébrale, et entraîne ses propres LLM sur des données administratives anonymisées — tout en s'engageant à en reverser le code à la communauté. C'est précisément le modèle de co-construction que défend Euro-Office depuis son lancement : des acteurs publics qui ne se contentent plus de migrer, mais qui co-développent l'infrastructure souveraine de demain.