Trois semaines après que le Schleswig-Holstein avait fait l'actualité avec sa stratégie open source, c'est au tour d'un autre Land du nord de l'Allemagne de franchir le pas. Le Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale a annoncé le déploiement d'une plateforme collaborative à l'échelle régionale fondée sur Nextcloud, avec pour objectif d'atteindre à terme plus de 50 000 agents dans les administrations d'État et municipales. L'annonce a été faite le 3 juillet 2026 et a été relayée par de nombreux médias techniques européens.

SharePoint remplacé, une migration déjà bien entamée

La transition n'est pas un simple projet pilote. La plateforme, fondée sur Nextcloud, est opérée par le prestataire informatique propre au Land, DVZ M-V GmbH, sur une infrastructure qu'il contrôle intégralement. Environ 5 000 agents l'utilisent déjà pour le partage de fichiers, avec un déploiement prévu des fonctionnalités de chat, visioconférence et groupware.

La migration depuis Microsoft SharePoint s'est déroulée étape par étape, sans interruption ni perte de données pour les agents, selon Marco Anschütz, DSI du Land.

Le ministre des Finances et de la Numérisation, Heiko Geue (SPD), a justifié ce cap par la volonté d'obtenir la souveraineté numérique, mais aussi de réaliser des économies à moyen et long terme.

L'État a délibérément opté pour une plateforme open source qu'il peut contrôler, auditer et faire évoluer lui-même. Sur le plan technique, le logiciel est distribué sous licence libre GNU AGPLv3, ce qui permet au Land de consulter et d'auditer le code source à tout moment et de l'adapter selon ses propres exigences en matière de sécurité et de fonctionnalité.

Une IA souveraine en parallèle

La démarche va au-delà de la simple substitution de SharePoint. En parallèle à Nextcloud, Mecklembourg-Poméranie-Occidentale déploie OpenProject comme alternative aux outils propriétaires de gestion de projet, et a développé LEA, un chatbot administratif basé sur OpenWebUI, conçu comme assistant IA à contrôle local pour le secteur public.

Pour le développement de ce chatbot, le Land entend délibérément se passer des hyperscalers américains, en misant sur des modèles de langage européens tels que Mistral (France) ou Tilde (Lettonie).

Un signal fort pour l'écosystème Euro-Office

Cette annonce s'inscrit dans une dynamique régionale et européenne qui profite directement à Euro-Office. Le projet fait partie d'une stratégie de souveraineté plus large pour le Land, qui inclut également un accord de coopération avec le Schleswig-Holstein signé en novembre 2025. Les deux Länder avancent désormais sur la même plateforme ouverte, formant ce que certains observateurs décrivent déjà comme une alliance technologique nordique.

Frank Karlitschek, PDG et fondateur de Nextcloud, a déclaré : « Avec Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, un autre Land allemand s'engage désormais envers Nextcloud comme plateforme de collaboration souveraine, en étroite coordination avec le Schleswig-Holstein. De telles alliances entre États sont essentielles pour faire de l'open source la norme dans le secteur public, et non l'exception. »

Le Land emboîte ainsi le pas à d'autres pionniers comme le Schleswig-Holstein, le ministère autrichien des Affaires économiques ou le ministère français de l'Éducation nationale — qui utilise Nextcloud pour 400 000 agents avec un déploiement prévu jusqu'à 1,2 million d'employés — démontrant que les solutions souveraines ne relèvent plus du concept, mais d'une réalité déployée à grande échelle.

Pour Euro-Office, dont l'intégration à Nextcloud Hub 26 est déjà effective, chaque nouveau déploiement institutionnel de Nextcloud représente un bassin d'adoption potentielle. À mesure que les administrations européennes consolident leur socle collaboratif open source, la question du composant bureautique intégré — et Euro-Office en est aujourd'hui le candidat européen le plus structuré — devient inévitable.