L'Europe tient peut-être sa réponse collective à la domination de Microsoft et de Google sur la bureautique. Fin mars 2026, un groupe d'acteurs technologiques européens a officialisé Euro-Office, un projet de suite bureautique open source qui ambitionne d'offrir aux administrations, aux entreprises et aux citoyens du continent une alternative réellement souveraine à Microsoft 365 et à Google Workspace.

Une coalition plutôt qu'un éditeur isolé

La singularité du projet tient d'abord à sa gouvernance. Plutôt que de naître dans le giron d'une seule entreprise, Euro-Office se présente comme une coalition. Huit organisations européennes en forment le socle initial :

  • IONOS, hébergeur et fournisseur cloud allemand ;
  • Nextcloud, éditeur de la plateforme collaborative du même nom ;
  • Eurostack, initiative dédiée à une pile technologique européenne ;
  • XWiki, spécialiste français de la gestion de connaissances ;
  • OpenProject, solution de gestion de projet open source ;
  • Soverin, fournisseur de messagerie respectueuse de la vie privée ;
  • Abilian, société française de logiciels libres ;
  • BTactic, intégrateur open source espagnol.

Dans les semaines qui ont suivi l'annonce, d'autres noms se sont joints à la démarche, parmi lesquels Open-Xchange et Office.eu, signe d'un intérêt qui dépasse le cercle des fondateurs.

Réduire la dépendance du secteur public

L'objectif affiché est limpide : réduire la dépendance des administrations publiques européennes vis-à-vis des suites bureautiques américaines. Alors que les débats sur la souveraineté numérique du continent se sont intensifiés, la bureautique — outil quotidien de millions d'agents et de salariés — apparaît comme un terrain stratégique encore largement verrouillé par des acteurs extra-européens.

Euro-Office ne part toutefois pas d'une page blanche. Le projet s'appuie sur une base de code existante, issue de l'écosystème open source, pour proposer rapidement des éditeurs de documents, de feuilles de calcul et de présentations fonctionnant directement dans le navigateur, avec une édition collaborative en temps réel.

Une approche « cloud » assumée

Contrairement à LibreOffice, conçu d'abord comme une suite installée localement, Euro-Office adopte une approche résolument tournée vers le web et la collaboration. L'idée : permettre à plusieurs personnes de travailler simultanément sur un même document, à la manière des outils américains, tout en gardant la maîtrise de l'hébergement et des données au sein d'infrastructures européennes.

Cette orientation explique la présence, dès le départ, d'hébergeurs et de plateformes collaboratives dans le consortium. L'enjeu n'est pas seulement de produire un logiciel, mais de l'intégrer dans un écosystème de services européens déjà existants.

Et maintenant ?

Le projet en est encore à ses débuts et beaucoup reste à démontrer : maturité du logiciel, compatibilité avec les documents existants, qualité de l'intégration et, surtout, capacité à convaincre des organisations publiques prudentes. Mais l'annonce marque un tournant symbolique : pour la première fois, plusieurs poids lourds européens du logiciel libre alignent leurs forces autour d'un objectif commun de bureautique souveraine.

Les prochains mois diront si Euro-Office tient ses promesses. Nous suivrons de près chacune de ses étapes.