Bruxelles fait de l'open source un pilier de sa souveraineté technologique

Le 3 juin 2026, la Commission européenne a présenté son très attendu Tech Sovereignty Package, un ensemble de mesures législatives et stratégiques destinées à réduire la dépendance de l'Europe vis-à-vis des fournisseurs technologiques non-européens. Parmi les textes publiés ce jour-là figure une Communication on European Tech Sovereignty, accompagnée d'une EU Open Source Strategy officielle.

Cette stratégie vise à renforcer les écosystèmes numériques ouverts européens en soutenant le développement, le déploiement et la durabilité à long terme des technologies open source, et s'inscrit dans un cadre plus large qui inclut notamment le Cloud and AI Development Act (CADA) et un Chips Act 2.0.

Le timing n'est pas anodin : Euro-Office venait tout juste de sortir sa première version stable (le 9 juin) et cherchait à convaincre les administrations publiques européennes de franchir le pas. La stratégie affirme explicitement que l'open source « aide à réduire la dépendance envers des technologies non-UE et renforce le contrôle sur les infrastructures numériques critiques ».

Un contexte géopolitique qui accélère la demande

La publication de ce paquet souveraineté n'est pas née dans le vide. En arrière-plan, les acteurs européens du cloud ne représentent qu'environ 15 % de l'infrastructure cloud dans la région, les fournisseurs américains dominant le marché tout en étant soumis à la juridiction américaine.

Les craintes européennes découlent notamment du CLOUD Act américain de 2018, qui permet aux autorités américaines de contraindre des entreprises tech basées aux États-Unis à fournir des données, quel que soit l'endroit où elles sont stockées.

À mesure que les préoccupations géopolitiques s'intensifient, les technologies open source sont de plus en plus perçues comme une alternative aux fournisseurs cloud américains : une récente enquête Gartner révèle que 55 % des DSI et responsables IT considèrent désormais la géopolitique comme un critère plus important lors du choix de nouveaux services cloud.

Le 7 juillet 2026, la Commission a encore renforcé ce signal en présentant un Plan d'action européen sur la cybersécurité et l'intelligence artificielle. Si Euro-Office n'y est pas nommé explicitement, les priorités affichées — souveraineté des données, infrastructures cloud européennes, logiciels auditables — correspondent point par point au positionnement du projet.

Euro-Office, bénéficiaire naturel d'un nouveau cadre réglementaire

Pour les porteurs d'Euro-Office, ce contexte institutionnel est une aubaine. La Commission reconnaît elle-même que les solutions européennes souffrent d'une visibilité fragmentée, d'un accès limité aux marchés publics, et d'une dépendance aux fournisseurs technologiques dominants non-UE. C'est précisément le terrain qu'Euro-Office cherche à investir.

La Commission reconnaît par ailleurs que les programmes de recherche et d'innovation existants sont insuffisants, et que des « cadres de soutien durable et de gouvernance » sont nécessaires pour faire passer les communautés open source à l'échelle — les nouvelles mesures combinant financements et politiques publiques incluront notamment une révision de la stratégie open source 2020-2023.

Pour Euro-Office, dont la coalition réunit une douzaine d'organisations européennes, cette révision pourrait ouvrir des opportunités concrètes : accès facilité aux appels d'offres publics, éligibilité à des financements européens, ou encore labellisation dans le cadre du CADA. La feuille de route affichée par le projet — support ODF, gouvernance ouverte, sécurité renforcée — semble précisément calibrée pour répondre aux critères que Bruxelles est en train de formaliser.

Mise en perspective : La conjonction d'une stratégie open source officielle de l'UE, d'un Cloud and AI Development Act en cours de ratification et d'un plan d'action cybersécurité en juillet signe un changement de paradigme réglementaire. Euro-Office se retrouve, peut-être pour la première fois, aligné non plus seulement sur un besoin de marché, mais sur une politique industrielle européenne en construction. Le vrai défi sera désormais de transformer cet élan politique en déploiements concrets dans les administrations publiques.