Deux semaines à peine après son annonce, Euro-Office connaît sa première véritable épreuve. Au cœur du litige : la licence du code sur lequel repose la jeune suite bureautique. Début avril 2026, l'éditeur ONLYOFFICE accuse le consortium européen de ne pas respecter les termes de la licence AGPLv3 sous laquelle son logiciel est distribué.

Un fork au point de départ

Pour aller vite, Euro-Office n'a pas réécrit une suite bureautique complète : le projet s'appuie sur un fork (une copie dérivée) du code d'ONLYOFFICE, lui-même publié sous licence libre AGPLv3. Cette approche est parfaitement courante dans le monde de l'open source — c'est même l'un de ses principes fondateurs. Mais le diable, comme souvent, se niche dans les détails.

ONLYOFFICE reproche au consortium d'avoir retiré certaines clauses additionnelles accompagnant sa licence, notamment celles encadrant la marque et l'obligation d'afficher certaines mentions. L'éditeur y voit une violation de ses droits.

La riposte juridique d'Euro-Office

Le consortium, de son côté, défend une position inverse : selon lui, les clauses supprimées étaient des ajouts « non applicables » à la licence AGPLv3, c'est-à-dire des restrictions supplémentaires que la licence libre n'autorise pas réellement à imposer. En clair, Euro-Office estime avoir simplement écarté des conditions qui n'avaient pas de valeur juridique au regard de l'esprit du logiciel libre.

Cette lecture n'est pas isolée. La Free Software Foundation ainsi que plusieurs juristes spécialisés ont apporté leur soutien à la position d'Euro-Office, considérant que le retrait de clauses additionnelles incompatibles avec l'AGPL était légitime.

Des conséquences immédiates pour l'écosystème

Le conflit n'est pas resté théorique. Dans la foulée, ONLYOFFICE a suspendu son partenariat de huit ans avec Nextcloud, l'un des piliers du consortium Euro-Office. Une rupture symbolique forte, tant les deux acteurs avaient l'habitude de collaborer.

Nextcloud a réagi en qualifiant les accusations de juridiquement infondées, maintenant son engagement aux côtés d'Euro-Office. La séquence illustre la tension classique de l'open source : entre la liberté de dériver un code et le respect des conditions posées par son auteur d'origine, la frontière fait parfois l'objet d'âpres désaccords.

Ce que cet épisode révèle

Au-delà de l'aspect juridique, ce différend met en lumière une question de fond pour Euro-Office : construire une suite souveraine sur les épaules d'un éditeur tiers comporte des risques. La dépendance à une base de code externe, fût-elle libre, expose le projet à des conflits qu'il ne maîtrise pas entièrement.

À court terme, le bras de fer pourrait toutefois renforcer la détermination du consortium à consolider et à s'approprier pleinement son code. La suite des événements — et notamment la première version stable attendue dans les prochaines semaines — dira si Euro-Office parvient à transformer cette controverse en accélérateur.